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Focus

Focus special Lasotè et Annick Jubenot – 2 e partie

Suite du focus consacrée à Annick Jubenot et l’association Lasotè de Fond Saint Denis , commune du Nord de la Martinique.

A la même époque donc la communauté des communes du Nord (devenue cap Nord) lance un projet de promotion des communes du Morne Vert et de Fond Saint Denis dont la mise en œuvre ne plait pas du tout à Annick, principalement car non suffisamment  impliquante pour les habitants et les socio-professionnels  de ces 2 communes.

A vrai dire, les personnes chargées de la promotion de sa commune n’avaient pas été suffisamment intégrées à cette campagne. et elle en fut blessée…d’abord pour eux….vous savez de ces blessures qui mènent à la révolte …et c’est d’ailleurs ce qui arriva…avec comme porte voix : le Lasotè.

Elle va donc voir les anciens dont le fameux Popot’ qui lui parle de ce qu’était le vrai Lasotè, qui lui présente Octave Comier et Germain Maizeroi , 2 anciens pratiquants de Lasotè.

A cette époque, le Lasotè était réellement à l’abandon et seuls quelques anciens gardaient en mémoire ce qu’ils avaient connu mais ne désiraient pas forcément en  parler car, comme tous les gens de la terre sur toute la planète, la confiance des gens de la terre  se gagne…

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L’engagement d’Annick et le fait d’être originaire de la commune l’aida beaucoup à gagner cette confiance et elle apprend d’ailleurs que Sonson JUBENOT est le petit fils de Charles JUBENOT (dit Toutounn’) , l’un des plus grands maitres tanbouyé Lasotè (maitre du tambour Lasotè).

Il faut savoir qu’à fonds Saint Denis, les familles Jubenot , Gabriel Regis et Eugène ont bonne réputation. Annick étant membre de chacune d’entre elles, les langues  se délièrent donc  au fur et à mesure.

C’est alors qu’Annick se sentit investie d’une mission de « sauvetage » du Lasotè et se lança dans un audit de 2 ans avec pour but défini de faire un état des lieux de cette tradition très localisée sur l’ile (intervenants, possibilités économiques, IGP , promotion etc…).

S’ensuivit donc la création de l’Association ACI LAsotè dont elle ne fut pourtant pas la présidente puisque c’est Joel  Minin qui  officia le premier à ce poste (personnalité connue et reconnue localement, et grâce auquel bon nombre d’agriculteurs rejoignirent l’association).

Idem, au tout début, il n’y avait qu’un seul et unique tanbouyé connaissant les rytmes du Lasotè (joueur de tambour) : Daniel Bardury, lui-même d’ailleurs n’imaginant même pas un jour jouer lors de vrai labour ( hors démonstration folklorique)

Un autre « tanbouyé » les a ensuite rejoint, le célèbre K’zo Jean-Baptiste (focus à venir) ici à ma gauche

K zo et moi comp

Le Lasotè était véritablement à l’abandon d’où le scepticisme ambiant…

Le combat est rude car peu ou pas de reconnaissance d’une partie de la population , de certains intellectuels et même du personnel  de certaines institutions.  La finalité d’Annick et de l’association était d’impulser, à partir d’un pan de la culture moribonde, un développement économique durable sur un territoire rural considéré comme quasi désert économique.

Les temps sont durs et les soutiens rares  et ils s’apprêtèrent à tout laisser tomber….mais…

L’évènement 

En 2008, le Comité Martiniquais du Tourisme lance un appel à projet. ,  Annick fait  la connaissance d’une grande journaliste canadienne de passage, intéressée par l’évènement.

Cette dernière lance un défi à Annick de : relancer le Lasotè…et il n’en fallait pas plus pour la rebooster qu’un tel défi à relever….

Elle décide donc d’organiser un premier Lasotè le 8 mai  2008 sur le terrain d’ Eugène Maugée. Tous les anciens étaient là et une cinquantaine de « bourreurs » (les travailleurs) se mobilisent et viennent participer à ce premier Lasotè rejoints par tous les habitants de Fonds Saint Denis

Ce fut l’évènement déclencheur de son changement de vie.

L’association Lasotè aujourd’hui

  • Au-delà de la défense du patrimoine, l’association est d’abord une entreprise citoyenne et d’insertion puisqu’elle comptabilise 40 contrats (de tout type du CDI au CDD jusqu’au contrat d’Insertion ) et forme non seulement des jeunes et moins jeunes dans le cadre de reconversion vers l’agriculture traditionnelle ( agroécologique) mais aussi …et oui, vers la pêche !
  • L’un des meilleurs tanbouyé de la Martinique, Mr Casimir Jean-Baptiste dit K’zo, a rejoint l’association depuis plusieurs années malgré son emploi du temps chargé (il a formé et forme encore beaucoup de tanbouyé locaux et mène également une véritable carrière de musicien professionnel). K’zo officie lors des Lasotè organisés régulièrement par l’association
  • L’association travaille à l’obtention de la certification, très particulière, de l’IGP ( ou indice géographique protégé) car le Lasotè est principalement pratiqué pour la culture les tubercules dont le Dachine (féculent local)

De plus, ils promeuvent la pratique des jardins créoles dit «  jadin » ,association de plantes nourricières et d’herbes médicinales aux  capacités répulsives pour les insectes comme citronnelle , la basilique ou l’oignon pays cives dont l’utilisation permet en fait d’éviter l’emploi de produits phytopharmaceutiques d’où cet indice en projet (assimilable donc au BIO, terme qui fait bien rire Annick d’ailleurs puisqu’on parle bien la de l’essence du Lasotè)

L’ambition d’Annick et de l’association Lasotè

Le but est de permettre à une vingtaine d’agriculteurs en formation de reprendre ou de lancer une exploitation agricole et d’en faire une activité pérenne pour eux et leurs familles.

Pour conclure ce focus, comme le dit Annick avec ce mélange de douceur, de détermination, de force et de cœur qui la caractérise : Le Lasotè ne m’appartient pas  car surtout c’est lui qui vous choisit et non l’inverse… pleine d’humilité n’est ce pas ?

Vous pourrez retrouver les prestations que propose Annick Jubenot et Atoumo (en lien direct avec l’Association Lasotè)  dès l’été 2017 sur Jolydays , entreprise citoyenne, qui adhère totalement à l’activité de cette association dans une démarche réellement durable.

A très bientôt !

Miguel, JOLYDAYS

« Identifier, reconnaître, personnifier, admirer… »

Miguel Etienne-Pain

Miguel Etienne-Pain

Rédacteur en chef

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